L’ébéniste et les ingénieurs

Steven Leprizé a 32 ans. Cette étoile montante de l’ébénisterie a été lauréat des prix les plus prestigieux des métiers d’art. Il travaille avec les Maisons les plus exigeantes. Il dirige depuis 10 ans son atelier de création ARCA.

Arca est connu pour son bois gonflable, son bois souple et son bois thermoformé. Pour ce jeune ébéniste, l’innovation est au cœur de la démarche d’un artisan d’art qui cherche sans arrêt à pousser les limites de sa technique pour servir sa créativité.

En 2015, Steven Leprizé est approché par l’Ecole des Mines pour accompagner un projet de thèse sur la projection thermique. Aux côtés d’industriels de l’aéronautique et de l’électro-ménager, Steven Leprizé porte haut les métiers d’art et décide d’investir 12 000 euros par an pour financer cette thèse.

La Fondation Banque Populaire, dont il est lauréat, prend en charge 1/3 de la dépense. Au-delà de l’investissement financier, ce sont des centaines de cubes de bois qui sont fabriqués pour les tests, des dizaines de croquis et de 3D et des journées d’analyse et de suivi. Mais Steven Leprizé croit au projet.

La technique de projection thermique existe depuis de nombreuses années. C’est elle qui permet par exemple le pelliculage céramique des prothèses de hanche en titane mais aussi le revêtement des pièces soumises à forte chaleur dans les moteurs Airbus. La machine est composée d’une buse de projection pouvant être embarquée sur un robot. Elle permet de projeter n’importe quelle matière disponible en micro-particules : métal, verre, céramique. L’usage industriel de cette technologie n’avait pas permis jusqu’alors de mener des essais sur le bois.

Michel Jeandin, directeur de recherche à l’Ecole des Mines Paristech encourage les collaborations avec les artisans d’art. « Ils bouillonnent d’idée. L’échange avec nos ingénieurs est extrêmement riche. Leur créativité est contagieuse ».  L’école des Mines a pour devoir de créer des ponts entre la recherche fondamentale et l’industrie et ne fait pas de distingo entre les petits et les grands acteurs. « Que ce soit pour une centrale nucléaire ou pour une œuvre d’art, l’analyse scientifique de l’usage est pertinente. »

C’est là que Steven Leprizé est entré dans la danse. « J’ai tout de suite compris que dans 10 ans ce type de machine pourrait équiper tous les ateliers. Pour le revêtement d’abord. Cela permet de couvrir le support de n’importe quelle matière. On peut combiner les propriétés du bois et du métal par exemple pour joindre la souplesse et la solidité. On peut travailler le pelliculage et jouer sur l’épaisseur, s’approchant des technologies 3D. D’un point de vue écologique, la projection plasma permet un revêtement multi matière sans addition de solvant. Mais ce qui m’a le plus excité c’est la possibilité de souder sans colle par projection de matière. C’est une technologie propre qui évite les problématiques d’émanation de produits chimiques. »

Alors Steven Leprizé s’est mis à rêver. « J’ai tout de suite pensé à un usage alimentaire. J’ai imaginé un fumoir en bois doté d’un revêtement en particules d’aluminium projeté. Ça permet d’avoir une pièce extrêmement légère, mobile et répondant aux normes d’hygiène des cuisines professionnelles »

Mais son défi, c’est la soudure. Les essais sont en cours avec l’écoles des Mines Paristech pour assembler un couteau. « Je sais que ça va marcher mais on n’a pas encore de recul sur la durabilité ».

La maquette de ce couteau sera présentée au Salon Révélations du 22 au 26 mai 2019. Ce ne sera pas la seule nouveauté sur le stand ARCA : un meuble sans porte, ni tiroirs qui s’ouvre par le seul jeu de l’air. Un copeau de bois géant thermoformé. Le fameux fumoir issu de la projection thermique.

Métiers Rares, agence digital et collectif d’artisan d’art est fier d’accompagner Steven Leprizé .

 

 

Auteur: Raphaëlle

 

Salon Révélations, du 23 au 26 juin 2019, Grand Palais. Stand G2.

Arca Ebénisterie

Podcast Steven Leprizé @ The Craft Project